Les Revenants – David Thomson

test-c3a9toiles

les revenants.jpg

Analyser la capacité de pénétration de nos sociétés par l’idéologie belliciste islamiste, c’est comprendre qu’en premier lieu les armes les plus dangereuses ne sont pas russes ou américaines : elles ne sont que convictions. En publiant Les Revenants en 2016 aux éditions Seuil/Les Jours, David Thomson, éminent spécialiste du djihad, prend le parti de la parole source, et s’efface pour mieux faire résonner les mots de ceux qui ont vécu l’expérience combattante.

Dans le sillage de cette valorisation des acteurs passés et présents du terrorisme islamiste, des ouvrages tels que Mon djihad itinéraire d’un repenti de Dounia Bouzar et Farid Benyettou, ou encore le documentaire cinématographique Salafistes de François Margolin et Lemine Ould Mohamed Salem.

À la différence cependant de ces deux exemples, les principaux individus avec lesquels David Thomson entretient une correspondance physique et/ou virtuelle ne sont pas toujours tout à fait repentis, ni plus réellement acteurs sur le sol français ou moyen-oriental. Les interlocuteurs sont restés pour très large partie dans une radicalité religieuse, montrant au passage la frontière fragile entre les pratiques salafistes quiétistes et guerrières. Il est donc possible d’être repenti de l’ingérence de l’État Islamique ou d’Al Qaïda, sans jamais renoncer au passage à l’acte ou au simple soutien inconditionnel. C’est cette dangerosité que l’auteur ne manque pas de mettre en avant.

Ce constat met d’autant plus en lumière le travail journalistique remarquable consistant à entendre même l’inaudible pour mieux comprendre, au péril de sa carrière et plus largement de sa vie. Un voyage en eaux troubles en somme pour mieux faire la lumière sur ce qui déchaine la société civile et politique.

Vous laissant le soin chers lecteurs de découvrir les profils et les parcours, je dirais seulement que la prise de conscience des facteurs de l’embrigadement terroriste prend toute son ampleur dans la parole spontanée, et que les sentiers communs battus et rebattus par les analystes ou les médias trouvent au fil des pages une légitimité ou une destitution en règle.

Loin cependant d’user de l’argument d’autorité (voire de toute forme d’autorité), David Thomson accompagne les témoignages d’une humble lecture, celle d’un homme qui ne voit ni moins ni plus que ce qui lui fait face. C’est pour cela que l’approche empirique et objective est à ce titre brillante. Une dizaine de pages à la fin du livre sont consacrées à un « bilan » sur ce qui serait religieusement ou sociologiquement recevable. De la condition économique à la condition sexuelle, en passant par le niveau d’insertion scolaire ou le degré de foi et de propension au militantisme, tout est passé au scanner.

Jamais assez par conséquent je ne vous conseillerai la lecture indispensable de ce livre qui s’adresse au lecteur averti ou non avec pédagogie sans dénaturer et trahir la parole première.

Julie

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s