La famille en Islam d’après les sources arabes – Mohammed Hocine Benkheira, Avner Giladi, Catherine Mayeur-Jaouen, Jacqueline Sublet

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Bonjour à tous. Pour les plus courageux, je livre une chronique un peu particulière, portant sur un ouvrage incontournable des sciences sociales et de l’Islam. Dans un souci d’objectivité, mon travail se limite ici à vous offrir un tour d’horizon le plus fidèle possible au contenu.

Cet ouvrage, paru aux éditions les Indes savantes en 2013, possède plusieurs vocations. Structuré en 8 chapitres, il constitue non seulement une vaste étude et analyse de la question de la famille en Islam ainsi  que ses dénominations (place sociétale de la femme, les figures saintes dans l’Islam et leurs influences, l’enfance et l’éducation, le rôle du progrès des technologies etc…) mais s’inscrit également dans une démarche visant à décomposer les idées reçues. Comme énoncé en ouverture d’ouvrage, l’islam est l’objet de clichés récurrents hérités de l’époque des hégémonies coloniales, ayant pour but de justifier une action civilisatrice occidentalisée et une certaine forme de tutorat sur les terres moyen orientales.

Nous y apprenons en premier lieu que la norme islamique actuelle et ses justifications littérales strictes sont une invention particulièrement moderne datant du 19 ème siècle. Si un modèle s’est effectivement mis en place par l’action des juristes au 9ème et 10 ème siècle, les applications et interprétations historiques sont très diverses. Les auteurs mettent en lumière en introduction cette idée selon laquelle il n’y a pas de réalisation à l’état pur des lettres du Coran, des hadiths ou du fiqh (droit musulman). De la même façon, les préceptes et lignes directrices les plus discutables (comme celles ciblant la ségrégation de la femme) sont d’avantage le fruit d’une influence locale clanique ou tribale sur l’islam plutôt qu’un fondement religieux ex nihilo datant du prophète. Les pratiques « polémiques » n’étaient pas du seul fait de l’Islam mais aussi des sociétés non islamiques et anté islamiques. Les lois islamiques pouvaient être tempérées par la coutume, «l’urf » ; de la même façon l’islam ne se revendique pas comme étant à l’origine de toutes les pratiques traditionnelles : Le fait de couper le nez par exemple à une femme qui a quitté son mari est issu de la coutume pas de la loi islamique, tout comme la raison d’être de la famille autour de l’idéologie nataliste , le système tribal….

Les liens familiaux doivent être considérés dans une large perspective, dans un contexte de notions complémentaires, de localité: patronage, voisinage, amitié, contexte économique et politique… Les 3 chapitres sur le droit musulman montrent par ailleurs les difficultés principales de ces questions comme l’impossibilité de trouver un système unifié pour la famille qui aurait été mis en place une fois pour toute. Tout n’est qu’évolution, et le droit musulman tend souvent à contredire le coran. La période ottomane produit en termes d’étude une floraison de travaux sur la question. Une idée trop répandue consiste à présenter les sociétés musulmanes comme traditionnellement fondées sur la famille, ce qui impliquerait un modèle islamique unique et « sui generis ». Une vision positiviste et étroitement liée à l’idée du progrès de l’humanité.

L’ouvrage s’achève sur une conclusion synonyme d’ouverture; une question fondamentale qui est la capacité de plus en plus difficile à saisir la notion de famille au sein de l’islam. Cette difficulté serait le fruit de ses mutations, de son fonctionnement ancien basé sur une extension très large de la famille, doublée malgré tout d’une instabilité interne en terme de durabilité de liens (en particulier matrimoniaux) . La disparition soudaine des anciens repères avec la transition civilisationnelle sous l’hégémonie du colonialisme marque une nouvelle étape sociologique, provoquant ainsi une idéalisation d’un modèle familial qui se trouve être une invention moderne et déconnectée des anciennes réalités.

Le livre propose donc au lecteur l’analyse de sources arabes fondamentales datant de l’islam classique (VII au XVIe siècle). En parallèle de cette étude, les auteurs  effectuent une triple mise en garde: La première concerne les mots liés au domaine de la famille et les difficultés rencontrés vis à vis de de leur traduction d’une langue à une autre, la deuxième met en lumière le fait qu’il n’existe pas «Un » modèle unique de la famille musulmane mais une multitude fondés sur des paramètres familiaux variables, et enfin la troisième émet une note concernant la subjectivité des sources utilisées, dont la main originelle se trouve être masculine (tout comme sa diffusion) rarement féminine et encore moins juvénile.

Julie

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